22/11/2016

TROIS DIALOGUES


1 ORGANES

Il était un foie, celui de Paul, tellement engorgé qu'il se faisait un excès de bile pour son état, et se taisait pour une fois. Alors, pour se distraire de ses angoisses, le foie épia un dialogue entre la tête et le cœur :

- Dis-moi cœur, tes effusions volcaniques pour telle ou telle ont failli m'égarer mille fois ! Et que deviendrait Paul, notre proprio, s'il me perdait , moi sa chère tête ? Crois-tu que, bien obligé de le suivre dans sa cage thoracique, tu trouverais alter ego à ton goût dans un asile ? De quoi faire un coeur-à-coeur en saine osmose pas trop pompante pour tes misérables ventricules ?

- Ô tête, cesse tes sempiternelles récriminations ! Toi, tu te la joues bien carré. Tiens..tu me fais penser à une carte, l'as de carreau. Tu te crois la meilleure, un championne de rectitude. Lisse , belle et rouge passion, alors que sous tes dehors photoshopés dans l'hypocrisie, se cache un thon, un fade charlathon! Toi qui connais si peu de la vie en somme, on te prend dans l'énervement...Paul ne dit-il pas souvent « J'en ai marre de me prendre la tête avec ces comptes à dormir debout » ?  Moi, on me donne sans compter. Sans calculs, et parfois sans rien attendre en retour !

- Foutaise ! Alors pourquoi Paul en voudrait-il autant à Jeanne, dont le cœur ne bat que pour Luc ? Pourquoi se soûlerait-il au point de malmener notre pauvre voisin le foie ?

Entendant cela, le foie fut estomaqué. Il tressaillit et son trop-plein de bile se déversa comme en un déluge apocalyptique d'hystérique déesse-fontaine dans la position du poirier. La tête dut se pencher par-dessus quelque cuvette, et le cœur cessa un instant de s'épancher. La tête tourna, le cœur fit des hauts et des bas. Et ce fut le branle-bas de combat chez les enzymes et leurs substrats pour redonner un semblant de dignité à Paul, le traiteur de ces dames cleaniquement correctes mais brouteuses, avec leurs génisses en herbe affalées cul dans le beurre.

 

2  NEVEU ET TONTON

- Dis-moi, tonton, il se couche où, le soleil ?

- A l'ouest, mon petit.

- Et quand il se couche, ça fait comme un œuf au plat ?

- Non, mais la nuit tombe, et à la nuit succède un matin neuf !

- Et le neuf, comment on fait pour le renverser et que ça donne un 6 ? C'est fort un 9 en réalité ? C'est dur à pousser ?

- Le 9 est un chiffre, c'est pas un objet concret, ça n'existe pas en 3 D, et tu ne vas pas en rencontrer un au coin de la rue, crois-moi !

- Comment ça ! Moi j'en ai vu plusieurs d'un coup..

- Explique un peu, je ne te comprends pas, petit.

- Eh bien..l'autre jour, j'ai dit à tati que je voulais manger deux « zeuf », et elle m'a dit que c'est « eu » qu'il faut dire. Alors, c'est vrai qu'un neuf tout seul, je n'en ai jamais vu, mais des nœuds ensemble, oui. Sur une corde ou dans tes cheveux, tonton. Et même chez les voisins qui bégayent !

- Les voisins ?

- Ben oui, tati dit tout l'temps qu'ils sont des neuneus !

- Arrête de dire des bêtises, cher neveu.

- Pourtant j'en ai que deux dans le slip, pas 9 !

- Et tu vas cesser de jouer ainsi avec les mots, ça commence à me casser les burnes !

- Tati aussi elle dit souvent que tu lui casses les burnes.

- Oui, et pourtant, elle n'en a pas !

- C'est que tu n'casses vraiment rien alors tonton !

 

3  ARBRE DES CHAMPS ET ARBRE DES VILLES

- Dis-moi, arbre des champs, tu as bonne mine. Et pourtant, tu dois en renifler des pesticides! Et puis, tous ces oiseaux qui te squattent en faisant un charivari pas possible dès les petites heures à la belle saison..moi, ça m'agacerait tant que j'en aurais le feuillage en pétard !

- T'inquiète, arbre des villes, je ne t'envie pas le moins du monde. Des chiens te pissent aux pieds, et des hommes au tronc dans leurs virées alcoolisées. Ta verte coiffe se teinte de gris avant l'heure en raison de la pollution. En automne, tu ne peux longtemps contempler tes feuilles mortes pour te recueillir, car elles sont vite balayées par des hommes en orange. Et puis en hiver, quand tu vois les lumières de la ville, les guirlandes aux sapins sous les porches ou par les fenêtres, bref, quand tu vois la ville tromper le froid par des chaudes couleurs, toi tu restes nu, misérable et terne. Et quand tes branches ploient, ça n'est pas pour cueillir un bonbon de Saint Nicolas ni pour venger les victimes de Père Fouettard à coups de branches..non, tu ploies sous des cristaux de neige qui font bien pâle figure à côté des riches illuminations de la ville. Moi, je vis en communauté d'arbres solidaires et non alignés à la queue leu leu comme en procession funèbrement statique. Notre nudité saisonnière donne au paysage austère un surplus de caractère, et quand revient le printemps, c'est comme une explosion de vert-j'espère sur la toile du bonheur, du bon air et de la frivole bergère.

 

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23:01 Écrit par EDOUARD dans Actualité, Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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