24/11/2014

UN ACCORDEON

 

Un homme avait le cœur accordéon. Sa femme en jouait comme une virtuose. Elle l’étirait, le resserrait à sa guise, tout en lui titillant les pointillés du spleen, et l’homme en était fort aise.

Les sons qu’il produisait faisaient danser les couples en goguette, et les cocus rougeauds de piquette.

Au son de l’accordéon, bien d'autres cœurs chaviraient pour engloutir tel ou tel chagrin, puis se redresser à la vague en crête de bonnes vibrations.

La femme à l’accordéon parfois se laissait distraire par un bellâtre coq filou, et c’est l’accordéon qui perdait le fil. Le fil de la partition. Et de couac en couac, au diapason des ivrognes titubant leur vie mono très bas de gamme, l’instrument se noyait dans les brouhahas des railleurs en brouet, s’écorchant dans les aigus tranchants, comme un trombone à coulisse de théâtre en triste accordéon déguisé.

Alors la femme se mit en colère, et l'instrument, abandonné sur un trottoir par un soir de lune houblonde, perdit ce qui lui restait d'assurance. Il se sentit tout petit, et se recroquevilla à tel point, qu'il en devint bandonéon.

Une dinde en jarretelles et talons aiguille, qui se dandinait par là, lui dit : « tu montes ?» 

Il répondit « oui, mais pas dans les aigus, car j’ai le vertige. Le vertige de l’amour qui rend bête et qui tue. Comme un saut à l’hélas-tique au cœur, en veux-tu ? »

 

edouard_divers22

 

15:44 Écrit par EDOUARD dans Actualité, Général, Loisirs, Musique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Ça promet d'être hard ;
le bandonéon a les anches libres.
Elle en verra de toutes les couleurs ;
le bandonéon est chromatique...

Écrit par : Rafaël | 09/01/2015

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