17/08/2011

EN PELERINAGE

 

Il était un moinillon, sur le chemin de Compostel, avec pour seul bagage une espèce de missel.

 

Rien ne l’attendait, rien ne le guettait, sinon une solitude de rat mort.

 

A l’écart d’un troupeau de pèlerins fuyant sa tonsure comme une auréole de Lucifer, il se récitait des psaumes étranges et balbutiait quelques cantiques aux oiseaux.

 

De temps à autre, un des marcheurs pénitents se retournait tout en ricanant de son allure au croupion tortilleur. Car il dansait, l’énergumène ! Du moins, il sautillait, comme en danseuse hémorroïdaire.

 

Nul ne savait pourquoi, mais quand une rafale de gaz intempestifs menaçait de le propulser à hauteur de la grappe pèlerine, il se réfrénait, prenant la position du lotus dans quelque talus de fortune, au mépris des fourmis rouges et coléoptères à fouineuses antennes.

 

A vrai dire, ce moinillon dans sa tunique safran n’avait rien de très catholique. Et son sourire éternellement béat en agaçait plus d’un.

 

C’est alors qu’au détour d’un sentier bien raide, une vioque en repentance d’adultères à répétition ralentit le pas, puis, se saisissant d'un couteau suisse, lui dit : « Tiens, si on se faisait une boîte de cassoulet froid ? C’est pas encore Carême, ma foi, mais j’ai toujours été en décalage horaire dans ma vie de bohème ! »

 

Le moinillon ne pipa mot, flairant des coups de langue râpeuse en perspective et des « je te tiens tu me tiens par la barbichette » en guise de préliminaires.

 

« T’es sourd ou quoi ? » , renchérit la vieille mal rasée mais plutôt rasoir,« ça rend sourd, c’est vrai, mais vaut mieux ça que se taper des p’tits bouddhas !».

 

Alors le tonsuré lui lâcha, d’un ton plein d’assurance : « Om mani padme om , salut à toi, ô joyau dans le lotus ! Ton cassoulet, tu peux te le carrer où je pense, et me laisser méditer en paix sur le vide existentiel ! Si j’accomplis ce chemin crucifictif en votre chrétienne compagnie, mais en retrait bien réel, ce n’est pas pour zieuter ton cul de nonnuche à distance en me privant de ses vapeurs si chattes et son fumet d’entre-deux tout en vœux pieux de zobédience, histoire de ne pas céder à la tentation de mains baladeuses au panier fleuri de bestioles à bon dieu peut-être, mais c’est pour vous soustraire à mes flatulences de vache normande qui m’ont déjà valu six renvois de communautés bouddhistes auparavant. Je me suis fait par ailleurs interdire moi-même de l’Internationale des Temples pour ne plus replonger dans ce plaisir coupable d’engazer les lévitateurs en herbe et, à la longue, en gerbe. Alors on m’a conseillé Saint-Jacques et ses coquilles, où, en compote je finirai mon existence de mollusque mal réincarné.»

 

La vieille se tira trois poils, et en conclut dans sa barbe : « Je vais me farcir ce moine à la première occase avec mon couteau. De toutes façons, il ne se dit pas chrétien, le péché sera donc moindre. Et une marche aussi chiante et crevante en vaut bien la récompense. A l’arrivée, Dieu m’absoudra ! »

 

 

 edouard_divers22

 

 

 

15:19 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |