10/06/2010

CHATS RADIOACTIFS

 
 
skoglund_cats2-144

 

  

Lundi 23h 59

  

 Ça ne miaule pas dans mon pigeonnier délabré, mais ça grouille de chats citron d’un froid nucléaire et muet. Phosphorescences  à moustaches aux fréquences radioactives émettant le mystère. Statues vivantes mi-figures géométriques mi-oraisons jaculatoires. 

Ces formes émaciées d’un jaune acide me rappellent à la mort présumée de ma raison l’été dernier, quand les tournesols aux sourds pétales et les soleils derviches ont détourné mes saines et lucides confluences, mes neurotransmissions naguère si fluides.

Or donc, en cette masure aux antipodes de tout azur et sans fenêtres d’espoir tangible de vie en échappées belles, je fixe, par-dessus deux félidés attablés, mon ombre d’épouse sur laquelle a déteint le décor en camaïeu de poussière grise. Murs et meubles en fondu figé confèrent à mon esprit l’odeur d’un présent funèbre. Mais je reste impassible, et la raideur de ma posture ajoute au climat glauque.

Tout ça me fait une belle jambe à vrai dire.. ma femme peut bien crever, disparaître dans les boyaux des chats faméliques !

Machinalement, comme pour donner plus de poids à mes pensées bancales, je porte les yeux  charbonneux vers ma jambe droite et me rends compte qu’elle n’est plus là.

Comment vous expliquer ? Je ne l’ai pourtant pas laissée au vestiaire de la raison, ni au mont-de-vénus de quelque mère supérieure en veine de piété païenne !  Et elle n’était pas de bois. Pas d’un bois dont on taille les pipeaux du simulacre et de la folie mythomane en tout cas !

Je crois me souvenir : elle a volé en éclats de rire quand ma femme, après un baiser volé à son cul, perdit pied en faisant mine de prendre une jambe à son cou pour se confectionner une écharpe d’hiver frigide. En osmose avec moi, elle a alors broyé tibia, fibula, fémur et autres os de sa cagneuse velue pour faciliter les choses.

Et maintenant je la regarde, en équilibre tel un héron de foire aux monstres, qui avance immobile vers le vide-ordures….un suicide est annoncé ! Au fond, rien de dramatique derrière tout ça, et pourtant…

 

Mardi 6h50

 Un corps de femme unijambiste fut retrouvé parmi les immondices, une veuve habitant seule un pavillon de luxe.

  

edouard_divers22

  

Illustration ci-dessus : Skoglund, radioactive cats

15:18 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (35) |  Facebook |

01/06/2010

VISION

odyssey

Nous aurons paniers percés de fleurs sonnantes au nord trébuchant, latin de cuisine à revendre, pieds à perdre en alexandrins d’apéritif.

Des étoiles filant droit vers nos mers subconscientes brilleront de mille coraux sur nos vers cuivrés de bonheur simple.

Des vents contraires aux sciences exactes porteront nos esprits fougères à l’ouest, esprits délavés qui s’inclinent au centre urbain de boue, puis loin des solitudes acides et pierreuses aux biotopes de convenance, la saine folie nous grandira.

Le spleen universel grimpera les arcs-en-ciel pour y cueillir le vert j’espère et d’autres couleurs inédites.

Nus sous la pluie pour nous purifier de ses gouttelettes, nous ferons des claquettes avec nos pointillés de silence.

Le soir, nos fenêtres accueilleront l’astre lunaire à bras ouverts de classieux châssis, à contre-nuit des vieux spectres aussi.

Et nous profiterons des éclipses totales pour cultiver le mystère en nos serres privées.

Rêve et réalité se confondront sur l’ex-banquise à cons frigides, en fins cristaux  de communion jouissive.

Avec un soleil de luxe au rayon surgelé de nos carrefours existentiels.

Et l’amour du lointain n’aura pas de prix, et l’après mor-fonte aura raison des prisons célestes en toc toc toc entrez dans le bleu …bonheur illusoire , c’est chiant l’azur uni !

Alors nous soufflerons des nuages en nos cafés quotidiens de sonnets colombins, dédiant pépites aussi bien qu’étrons de poésie à la muse Flamme avec ou sans L pour se brûler, l’espace de quelques secondes éternelles au huitième ciel où nous entreverrons Dieu pour l’oublier ensuite.

En cette mort petite aux fleurs qui sonnent, à ne pas nier le cœur percé de part en part, nous perdrons pied total pour mieux le prendre !

 

edouard_divers22

13:46 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |