17/05/2010

MICHELINE

 

La micheline suivait son petit bonhomme de chemin, quand, les yeux dans le vide autour de moi,  je priai le dieu des coups de foudre ferroviaires. Non pour dérailler davantage dans la morfonte des glaces d'une vie polaire comme un ours, mais pour trouver ma parallèle, et les chemins étincelants des traverses qui nous relieraient.

J'avais la tête dans les nues, mon imaginaire en hyperventilation déshabillait des elfes improbables.
Soudain, une voix grave et sèche me trompa de ma rêverie: "Ticket SVP". D'un geste mécanique, j'extirpai de mon portefeuilles d'automne un aller simple pour Arlon, ville terne aux fruits secs de la passion , ville monosaisonnière et sans bourgeons de coquelicoquines en perspective .
Le contrôleur me lança: "Vous êtes en première, monsieur. Veuillez changer de compartiment.."!

 Impassible, je m'exécutai pour me retrouver moins peinard au milieu de pochtrons semi-comateux, et de gratte-papelards pouilleux de la gueule par déformation professionnelle. Pour couronner le trou, une voix dans les suraigus me souleva la tonsure en auréole de saint martyr : assise avec des écouteurs aux pavillons, une écervelée en quarantaine imitait tant laid que mal je ne sais quelle greluche des seventies ringardes: Michèle Torr, Mireille Mathieu, Dalida, Sheila, Vartan, Patrick Juvet...allez savoir: elle n'avait pas l'absolution du dieu Pan. A bout de nerfs, je me levai d'un bond, lui secouai les branchies et lui chiantai à tue-tête "Les Petits Boudins" de Gainsbourg, dans l'espoir que de sirène ratée, elle se mue en carpe et la ferme. Mais voilà qu'elle se mit à hurler comme une truie SM sous le fouette-groin, ce qui alerta le chef de gare pourtant aux prises avec une black au mascara musqué. Allait-il me passer un savon, m'infliger une amende verte de colère, ou me virer à coups de pompes au croupion? Je m'attendais à tout, prêt à la contre-attaque.

C'est alors que je reconnus mon vieil ami Georges, ancien co-choriste à "Frites en Portées", ou plutôt cocoricoriste égaré, car il était vantard, menteur et français, et moi pas à un pléonasme près. Ce pisse-vinasse aux oreilles et à la verge en vénérables choux-fleurs, se targuait d'avoir redressé Michèle et ses torts, arraché la perruque à Mireille qui n'avait en réalité plus qu'un cheveu sur la tête à Mathieu, lors d'un festival kitsch où, ivre de folie comme toute l'Allemagne envahissant la Pologne, il était monté nu sur scène en singeant un babouin rocker sous ecstasy. Georges, qui vouait aux gémonies les guimièvreries franchouillardes, parvint à calmer l'homosapiensoïde femelle en plongeant un regard pro-metteur dans son décolleté.

Je rangeai le colt assassin du mien, pour me retrouver au terminus les nerfs dépelotés, mais seul comme une semaine de six jours, comme un Robinson sans son Vendredi.

 

 

edouard_divers22

 

15:22 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |

BARBU NOUVEAU-NE

 

       I

 

velvetunder

 

 

Je suis le barbu nouveau-né,

Fruit défendu de tes entrailles...

Entre I and you l'amour malgré

Que mon tailleur est sur la paille.

 

Loin des bourges on file à l'anglaise,

Et pas pour Venise ou Le Caire...

Qu'il me fait bon goûter la fraise

En ton sous-bois sans urticaire.

 

Tu me chiqui-tâtes, je sépare

Des peaux lisses en ondes de choc;

Ta pêche aux défaillances rares

Est régal et ton coeur mastoc.

 

Les pommettes aussi je savoure,

Tel un Newton après la chute;

J'ai découvert enfin ce pour-

quoi l'on s'attire et sans lutte,

 

Sans chataîgne verbale ou non...

Ta pulpe d'âme est mon salut;

Chercher noise ailleurs à quoi bon?

Sous ta pelure un coup de jus...

 

Mes doigts de gaffeur à la pelle

Ont le pouvoir d'électriser

Ce cul trop gnonmi, tes prunelles

De chatte inversent mes pensées.

 

 

 

                                   II

 

Tel un silence après le "chut ",

On s'impose au laid milieu

Des coeurs ambitieux qui chahutent,

Notre silence est plus fort qu'eux...

 

Ou tel Guillaume avec son arc,

On se fend la pomme à tous vents;

Qu'il fait doux te mener en barque

Au clair de lune hallucinant

 

De nos soirées transcoïtales,

Blabla bidon tu te bidonnes,

Et puis sur les coussins t'affales...

A mi-parcours nos coeurs bourgeonnent.

 

La vie est trop courte bien sûr,

Avec toi quel accéléré...

Si tu me trouves une autre allure,

Je veux m'essouffler à tes pieds.

 

Tel un bon génie sans sa lampe,

J'aurais l'air d'un spectre égaré

Sans tes yeux, ces feux de ma rampe,

J'en serais fou presqu'à lier.

 

 

edouard_divers22

 

15:19 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

01/05/2010

SPLEEN

SPLEEN

 

Un jour où le brouillard avait gommé le ciel, de bien tristes mines de crayons se taillaient à l’horizon voiles et vapeurs. Les press-books et les bics n’avaient pas la veine ludique et ne se lançaient plus des « je te tiens tu me tiens par la barbichette » aux heures creuses. Les stylos moins timorés déversaient leur sombre réservoir en style bas d’encre marinée dans le spleen bon marché. Les bubble-gommes s’étalaient en zéros soufflés par les soupirs internautes, puis crevaient à la surface de l’écran total glamour sous de faux soleils piquetant d’or plaqué le monde et ses virtuels flonflons, à la pointe du rayon. Et des anges en points de suspension passaient leur blancheur Typex au pinceau de silence pour les cons.

 

edouard_divers22

 

 

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A DES PETITS COQS CHEFS

 

coqcoq
 

De bois j'avais souvent la gueule,

Mais pas la langue et ça fait tache!

Auprès d'un tas de fumiers, seul,

J'ai picoré trop de mots lâches.

 

Pour les coqs en chorale aux grains

De laideur maquillés de pleurs,

J'étais fin prêt pour le sapin,

L'ultime et plus sobre demeure.

 

Coma de fausse alcoolémie,

J'ai dégusté jusqu'à plus faim

L'inachevée sympaphonie

D'un orchestre de chérubins.

 

Mais resc-happé in extremis

Par le train-train chirurgical,

J'ai bien envie de crier bis-

Touri deviens mon crève-chorale...

 

Que je décoche à poumons pleins

Mes pointillés d'orgue céleste

En voix plus pointue qu'un fusain

Pour dé-crêter les immodestes!

 

lovertuy
 
edouard_divers22

15:05 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |