25/03/2010

CLOWNS

image

« Nous sommes de l'étoffe dont on fait les zéros », dit Georges le clown à sa femme qu'il ne faisait plus rire depuis des lustres, même pas au lit avec ses pannes en cascade et ses jérémiades à répétition.

« Le public n'a que faire de mon nez rouge et mon falzard bouffant. Il veut du lisse,du pas froissé, du propre, du plus blanc que blanc! »..Sa femme, l'esprit ailleurs, faisait mine d'acquiescer mais ne savait plus à quel saint pochetron se dévouer.

La seule chose qu'elle savait, c'était qu'elle ne voulait plus que le partenaire de son laid pou, le clown blanc Steve, lui textote à toute heure en pyro lunaire de quoi foutre le feu au QG des Chiennes de Garde.

Pourtant, en sa forge-à-cornard intérieure, elle en pinçait pour cet enfariné au chapeau conique, un chapeau comme pour crever le ciel et lui pleuvoir des étoiles érogènes. Elle en pinçait comme un homard de timidité, ses joues auraient pu la trahir mille fois quand, avant le show bien pourri, il lui glissait des mots nègres-doux à l'oreille aux séances de maquillage, style « Moi vouloir ton petit cul, Augustine! ».

Car elle faisait partie intégrante de la troupe, artiste de l'ombre, elle prenait part active à la crade illusion du duo saltimbanqueroutard.

Cet amour, elle ne pouvait se l'expliquer: le clown blanc n'avait de blanc que l'apparence, et l'anthracite eût été plus adéquat pour traduire sur son faciès les brumeux desseins qu'il méditait.

Les mystères ont le privilège de lever les rideaux de l'âme, et grâce à cet amour inopiné, le femme de Georges se voyait déjà, en sa flamme et con-science, le théâtre de fulgurances à craquer les planches et croquer les fruits défendus. Loin du bric-à-brac des braques putassières à braquer d'un flingue au canon rose.

Au café Carabosse, tout le monde est le bienvenu. Mais allez savoir pourquoi, il n'y vient que des amuseurs au col étriqué d'auto-satisfaction, accompagnés de fées sur le retour avec un oeil sur la braguette magique et l'autre sur le pognon. Des racoleuses au rire forcé, comme pour mieux délier les bourses des clowns avinés.

Steve, Georges et son épouse s'y rendaient parfois après le spectacle, et celle-ci ne pouvait réprimer quelque rancoeur quand, pour compenser le succès sous chapiteau mi-figue mi-raisin, le clown blanc jouait les prolongations, travaillant du chapeau, et fuguant au quart de tour vers les basses sphères de l'humour, en acrobaties dignes d'un superblaireau de la vanne moins trapèze que carrément naze.

Un soir, n'en pouvant plus de jalousie, elle fouilla son baise-en-ville, y prit le nez rouge et, d'un bond furax, elle se leva pour le coller au clown blanc en pleine esbroufe au milieu du bistrot.

« Mon nez ! », s'écria Georges, qui s'en revenait des commodités, méconnaissable car sapé lambda, pendant que le clown blanc, comme interdit, comme entarté par le Gloupier, restait figé, bras ballants,mine déconfite et queue ratatinée sans doute.

« Quoi, j'ai l'air de ça ! », se récria Georges, qui fondit sur le clown blanc pour le décoiffer, et dont il perça l'un ou l'autre ventricule de part en part avec le chapeau pointu, laissant l'ex-sangsue de ces dames exsangue et sans gants de crin pour se frictionner le coeur après un sinistre rêve.

Ce soir-là, le café carabosse et son hôtel borgne perdirent la seule étoile dont ils jouissaient au guide du vieux croûtard.

Et  l'auguste clown, largué par son épouse, nu comme un vers d'Eluard et perdant son latin ad vitam aeternam dans la section psychiatrique de La Santé, chanta:


Joli noeud papillon

Ce soir s'est envolé

Faire un tour au plafond

D'une étrange araignée...

 

Alors mon chapeau buse

A plumes l'a imité,

J'ai ouvert les écluses,

Et le blues a régné...

 

Quand ma queue d'hirondelle

Est allée se greffer

Quelque part sous le ciel

A l'oiseau mutilé...

 

Et mon froc rouge immense

A pattes d'élé-faon

S'est démis de démence:

Il se croit cerf-volant...

 

Puis mon slip kangourou

Se fit la belle à cloche-

pattes au-dessus des trous

Noirs du blues en bouloche.

 

Seules mes pompes à pompons

Fidèles m'étreignent aux pieds,

Me donnant l'air plus con;

C'est le strip d'un clown largué!

 

edouard_divers22


15:00 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook |

18/03/2010

REVES

reve2

 

Des rêves en blanc et noir, pour l’amateur de ridés polars et polaroïdé ringard…

Des rêves anthracite au cœur gros de la nuit, quand la plaie c’est le spleen et rien en soi ne se plébiscite…

 

Des rêves bleus d’amour aveugle comme un schtroumpf délavé, en manque d’azurance…

 

Des rêves en rose panthère adultère au pinacle épineux de la passion défendue…

 

Des rêves musicolores en 4D, avec fragrances et maraudeurs de non-sainteté…

 

Des rêves en couleuvres qu’on avale afin de se réveiller, et trouver beau le monde…

 

Des rêves éveillés blancs rayés, comme un zèbre d’oubli galopant, comme un ciel faux-semblant qui va se déchirer.

 

edouard_divers22

 

14:53 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook |

17/03/2010

RETROVISIONS III

 

edouard569

 

Soliloque à poussières,

Etiolé d’anagrammes

Où les mots s’indiffèrent,

Pêle-mêle en amstramgram…

 

Mots-valises au hasard

De rétrospectres dia-

prés sous mon ciel-foutoir

D’étoiles en sparadraps…

 

Souvenirs de piqués,

De comètes à vau-l’eau,

De loopings bien loupés,

Sur les plans d’artichaut…

 

Légumades en rafales,

Passé de série B,

Bouches en culs de vénales

Papouilles aux poulaillers…

 

Eboulis d’oublis, diables

A ressorts inversés,

Spikes de punkettes à fables

Par les cheveux tirées…

 

Eboulis d’hôtels borgnes

Aux rendez-vous galleux,

Nymphes in black elles vous lorgnent

En dégoût silencieux…

 

Glaciers nus qui s’effondrent

Au fléchage arc-en-ciel

De mots charriant mille ombres

Habillées d’étincelles…

 

Strips à l’homo-cactus,

Humour piquant à vif

Les coutumes et les us,

Débandades en calcif…

 

Puis ramassages de gueule

A la pelle au rateau,

De quoi se sentir seul

En profil Picasso…

 

Vivant tableau de maître-

chanteur d’ombres à la masse,

Corbeau dans le paraître,

Et beaux corps qui se cassent…

 

Désabusion des sens

En carburant d’oignon ;

Larmes à l’œil qui se trans-

géniquent en mes chansons.

 

edouard_divers22

 

14:33 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

11/03/2010

COURRIER

 
 
bar2AAAA

 

LETTRE DE GWENDOLINE A STEVEN


Souviens-toi mon beau coreligionnaire anti-clérical, mon légionnaire anti-militariste et poète, souviens-toi de cette nuit d’hiver où tu déployas tes talents d’artiste maudit pour faire entendre raison aux pouilleux poivrots qui m’importunaient de leurs mains baladeuses en ce bistrot qui sentait l’alcool et les effluves mélangées d’âcre tabac, vieilles sueurs et haleines fécales. Souviens-toi de ce connard musculeux qui te fit un bras d’honneur quand tu entamas un quatrain moralisateur en octosyllabes bien frappées…Toi tu rimais avec aisance, lui, sa vie ne rimait à rien. Il voulait juste m’attirer dans son pigeonnier, et pas pour me tirer les cartes ni me lire le fameux Discours de la Méthode dont tu me rebattais les oreilles avant ton examen de philo. Souviens-toi quand il vida sa chopine sur ton crâne déjà tonsuré, alors que tu te lançais dans une envolée lyrique évoquant les Polonaises et Mazurkas de Frédéric,  à danser sans se cogner ou se rentrer dedans, bien loin du pogo ambiant. Souviens-toi de cette parole que tu osas : « Vous Monsieur, je vous en prie, un peu de tenue ! »..Ce sur quoi il asséna sur ta gueule d’hostie quelques coups aussi bien frappés que ta poésie. Et bien ce gars vient de me plaquer. Je m’explique : pendant que tu gisais KO sur le sol comme un étron de caniche, je fus séduite par sa force virile et pris la poudre d’escampette, non sans vider au préalable tes poches. Blonde mais pas conne ! Nous vécûmes quelques années dans le péché de chair le plus exquis, puis, comme à présent j’ai le visage aussi crevassé qu’un terrain miné, il est parti  en avril chercher des cigarettes pour ne jamais revenir au poulailler. Alors, si tu veux toujours de moi, et que, malgré le temps qui passe mais n’efface pas tout, tu caresses encore quelques rêves où je satisfais tes pulsions d’éternel puceau dans l’âme, écris-moi en retour, et nous aviserons.


Gwendoline


dyn002_original_120_256_pjpeg_26-1aa



REPONSE DE STEVEN

« Les souvenirs se ramassent à la pelle », écrivit Prévert, et des pelles nous nous en roulâmes, je me souviens,  et dans les prés verts comme dans les terrains vagues, roulâmes en nous consumant de baisers volupté XXL. Jamais je ne pris ombrage de ce soir où tu me fis la nique avec ce vulgaire pique-assiette pour aller te faire pique-niquer le petit panier dans un coin que je suppute sordide. Avec mon faciès digne des Picassos les plus dysmorphiques, je compris ton choix. Loin de moi toute forme de rancune. As de cœur du pardon, telle est ma qualité première. Aussi posai-je l’an passé ma candidature au Vatican, pour être béatifié de mon vivant….on ne sait jamais : les Papes ont besoin d’une publicité tapageuse afin de rameuter les ouailles égarées. Pour conforter cette candidature, lui donner le poids céleste requis, je fais partie d’un groupe de rock chrétien, Pop Louange, dont le flûtiste n’est autre que ce bagarreur qui récolta tes traîtres suffrages et tes faveurs câlines. Je m’explique : nous nous rencontrâmes un soir de moiteur post-caniculaire dans les Alpes, lui en désintox avec les prêtres loubards, moi en cure thermale avec mon petit ami Claudick, ex-claudette et transsexuel que je sortis du ruisseau lors de mes pérégrinations chagrines au Bois-de-Boulogne en lui chantant, juste après notre rupture, " Viens à la maison, y a le printemps qui chante ". Mais une hirondelle pétée ne fait pas mon saucisson printanier, alors quand ton ex-racaille en cure alpine vint me demander du feu pour rallumer son mégot, nos yeux se croisèrent, se figèrent, et une flamme de désir instantané y ondoya…nous partîmes « dard-dard » main dans la main, par monts et par veaux d’or à la Sodome et Gomorrhe, laissant les prêtres loubards et mon pauvre Claudick sur le carreau. Voilà, maintenant, tu sais. Alors si tu veux faire choriste au sein de Pop Louange, tu es la bienvenue. Mais prends garde : ne daigne pas toucher au corps de mon flûtiste, ni même effleurer son hautbois, car je te cognerai comme un tambour et tu verras scintiller toutes les étoiles, mais pas celles de Noël ! La myrrhe et l’encens, ainsi que l’or de ma poésie, je les réserve à mon Raoul chéri.

 

Steven

 

edouard_divers22

15:03 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook |

SAINT VATENLOIN

 

Blague à part je déconne

A partir des adieux;

Plus rien ne me résonne

En ma caisse que tu veux...

 

Quai sans brume et Morgan,

Je fixe l'horizon

De tes yeux de haran-

gueuse, ils seront légion

 

A passer l'arme à gouache

Aux présages anthracite,

A cracher du potache

En flanc-tireurs d'élite...

 

A passer larve à gauche,

Bander mouton...adroite

Fleur de pavé qui fauches

En faux cils, billes d'agate,

 

Va te faire mettre en ruche

Le miel sonnant d'enflés,

Position de l'autruche,

En aveugle entubés.

 

Si l'un d'eux ne succombe

A ta morgue en chemin

De la passion des nombres,

Il sera libre enfin

 

De tout larguer dans la

Bombance des électrons!

La fissure est en moi...

Gare à toute explosion!

 

 

edouard_divers22

14:37 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

04/03/2010

ET DIEU CREA...

 

Un soir de bringue solitaire, Dieu, fumant un cigare de la taille d'un couloir spatial, se tira les cartes à défaut de pouvoir tirer autre chose. A vrai dire, il se les broutait ferme. Tricher au jeu n'était pas son genre, et de toutes façons, il ne pouvait mentir à lui-même, car dans sa science infinie, Le grand Tout devinait tout.
Tirant l'as de pique, il créa une barbe de champion olympique, et se la posticha pour se donner une contenance virile, superflue certes, mais intimidant le Diable, son image inversée dans le céleste miroir.
Pris de trichotylomanie, ce TOC barbare où l'on étire et s'arrache les poils avec une folle compulsion, puis les mange à l'occasion, il passa au tricot pour se changer les idées. Un bonnet de laine il se confectionna, aux motifs psycho-rococco-gothiques et... assez tirés par les cheveux ( on ne guérit pas comme ça, aussi dieu soit-on). Mais à quoi bon? Le froid n'existait pas!

Alors il prit son courage à deux paluches et créa les saisons:

- l'hiver où, transi, il fit redescendre ses deux orphelines en bourse ascensionnelle par l'exécution d'un Jerk originel,  secouant sa caboche d'où tombèrent de blanches pellicules cristallines.
- le printemps, où il fit pousser des feuilles couleur vert j'espaire de couilles, pour y consigner ses projets de bonheur "vrai" dans un monde à venir.
- l'été, où l'idée lui vint d'un oeuf au plat, et par là-même du soleil (Dieu ayant ce don édouardesque d'inventer des merveilles par association d'images et/ou de sons).
- l'automne où il en fit des tonnes: les galaxies, les systèmes, les météores, les trous noirs, le baîllement le sexe la chiasse et l'amnésie, les étoiles filantes, les bas résille, la terre et ses hommes, dont un, le primordial à son image, s'ennuyait ferme aussi.

Comme c'était l'automne, et que le sol, jonché de feuilles mortes, devenait un foutoir pas possible, Dieu créa la femme pour les ramasser. Car Adam, pris d'un vertige identitaire, n'avait pas le temps: il le passait à essayer des costumes de serpents..comme ça, pour se déguiser, et tester son petit entourage.

 

edouard_divers22

15:41 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook |

SAINT VALENTIN

 imagesvRETY

 

Ils s'étreignent en (f)leurre à la Saint Valentin,

Se la jouent glamour, se houla-houppent;

Mais après le peep-show des coeurs à la loupe,

Ils s'éteignent encore, et c'est tintin...

Pour les "je t'aime un max", ils repasseront

Leur orgueil froissé par notre exemple:

Un havre hors-taxes et pas de transition,

L'hymne débranché qu'en rut ils samplent*

En un décor cliquetant de superflu:

Machines à bruitages et talk-over**...

Pour ne rien dire qui nous laisse sur le cul,

Comme au bébé le talc sa blancheur.

Car leur matière est grise et superficielle,

lls ne pourraient sans fard se mirer

L'un l'autre en astres bien au fond des prunelles,

Regarde-moi, tu es Milky Way**********

 

 

 edouard_divers22

 

*                  Sampler: en musique, échantillonner

**                Talk-over: technique de  phrasé  utilisée 

                     dans les vieux blues

15:38 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |