14/09/2009

UN SOIR D'HIVER

 

  

 

J’avais des poches sous les yeux, des valises pour le No Man’s Land. La nuit, je promenais mon blues décalé dans les rues d’un décembre qui pouvait durer onze mois.

  

Mes insomnies avaient raison de ma raison parfois, et je perdais l’équilibre en incohérences casse-pipe, comme un funambule sur le fil du rasoir.

  

J’avais une Porsche au garage des amours en panne de clim’. Ca rutilait flambant neuf de Pâques en flahbacks multicolores, mais ça caillait des billes de sainte Agathe au présent.

  

Emmitouflé dans mon humour gras pour seul dérivatif, mes feintes cholestérock’n’roll à boucher les artères du centre-ville, je n’allais pas longtemps donner le change.

  

J’avais un porche sous les yeux ce soir de 18 décembre, avec une crèche en carton-pâte dont les figurines mal fagotées avaient bien triste mine. L’âne et le castré semblaient même difficiles à distinguer.

  

Dans ce décor miteux de banlieue sans autre zonard que bibi, je me sentis pourtant bien, comme bercé par les roulis d’une mer accueillante, d'une mer sans requins, mer à la blanche écume en offrande, et sur laquelle des petits bateaux s’envoyaient mille gazouillis en morse, en mouette rieuse et en albatrose amour.

 

Une sirène m’appelait d’une voix onctueuse, bienveillante comme il en existe peu dans les légendes. La lettre B, soufflée comme des bulles  Baby Dop en sa baie d’opale, me berçait comme un chapelet de baisers.  Et moi, je me débattais, je bavais tel un tétard de bénitier pour balbutier la lettre M.

 

Non pas le M de Marie la Vierge bien biaisée, pas non plus le M de l’adulte caca  –ma prose en lange au fumet délicat parfois-  mais le M de Ma , l’article possessif, la lettre de l’amour si l’on n’abuse pas d’un pouvoir exclusif. C’était le  M de  Maman, m’ayant donné le sein neuf mois, et qui fait qu’aujourd’hui je me délecte à l’évocation du mot  « auréoles », mais sans la lettre U !  

 

edouard_divers22

 

 

 

12:34 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

Tendresse dissimulée.... pudeur toujours aussi prononcée. Il est dur pour toi de lâcher des ressentis profonds et émouvants. Tu le fait, à ta manière...
J'ai beaucoup aimé ce texte Edouard.... tant sur la forme que sur le fond !

Écrit par : Or | 14/09/2009

Salut Edouard ... Tout un "art et ole" à l'artiste que tu es.
Amitiés
Jean-Pierre

Écrit par : L'Enthousiaste | 14/09/2009

hé!!! mais tu te lâches en confidences qui ne disent pas leur nom mais c'est la première fois, et on se connait depuis longtemps, que tu te livres toi vraiment sur blog. en mots flous mais quand même! et j'aime beaucoup çà et je comprends d'autant ton com sur mon dernier post!
je reviendrai lire (et déchiffrer parfois:o) tes 2 textes précédents.
bises Edouard, passe un bel aprés midi (je sais, certains la préfèrent belle mais moi je trouve le masculin plus approprié)!

Écrit par : mimi | 15/09/2009

Kikou Edouard Moi,aussi,j'adore Paris,pas pour y vivre,mais pour flaner
dans les rues,voir ces magnifiques monuments,connaître
cette belle ville avec ses secrets.
Un rés bel écrit,que j'aime,cela change des autres posts,
du romantisme que je ressens et aussi .. de la douceur ...
Bonne fin d'aprem à toi,bisous de Mimi... :-)

Écrit par : Mimi du Sud | 15/09/2009

Un décembre qui aurait pu durer neuf mois, tu as une façon d'enjoliver l'hiver , Edouard, avec toi, pas de risque d'hiberner !

Écrit par : Saravati | 15/09/2009

Bonjour Edouard... Quelques mots pour te souhaiter une agréable journée…J'aime bien ta façons de dire les choses...
Ce n'est pas folichon à Francorchamps, il y a bien du soleil de temps à autre mais aussi des averses bien senties !
Aujourd'hui il fait encore gris, mais ils n'annoncent pas de pluie, nous verrons bien !
Je te souhaite une journée toute douce et je t'envoie plein de gros bisous

Écrit par : Chadou | 16/09/2009

Un texte troublant et fort, bouleversant sur les versants exposés au nord de tes mots.
Amitié
Thierry

Écrit par : Thierry Benquey | 16/09/2009

ecrire nos souvenirs, les meilleurs comme les pires (dans mon cas) =D
bonne soirée et a très bientôt
bye bye

Écrit par : ~?~ | 16/09/2009

Bonjour Edouard ,
Tout pouvait commencer par une dérive les poings serrés au fond des poches ,la mine abattue, une envie furieuse de chocolat chaud ,ta main a gardé la courbe qui te fait rêver à tant de sensualité sur lesquel tu te délectes .
Bises .

Écrit par : Françoise du 80 | 17/09/2009

Mélange Mélange de douceur et d'agressivité, de tendresse et de franc parler.
Superbe !
Merci pour ton commentaire, que je ponctuerai par "C'est promis !"
A très bientôt Edouard,
lrl

Écrit par : le Râleur.na | 17/09/2009

Entre rire et larmes, c'est souvent chez toi j'ai l'impression. Alors tu serais un gros ours au coeur tendre? Merci pour le grand sourire du dernier paragraphe.

Bonne journée Edouard

Écrit par : Désirée | 17/09/2009

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