06/05/2009

UN HOMME AU COUTEAU

 

Armé d'un long couteau, un homme semblait traquer une proie imaginaire.

Il avait les yeux luisants comme des feux follets et la bouche tremblotante d'un parkinsonien précoce.

A 44 ans mal sonnés, Georges, en rade de la société depuis des lustres, naviguait de nuit comme de jour en eau saumâtre, et certains indices laissaient présager un naufrage inévitable.

Il allait tôt ou tard toucher le fond.

Mais à qui en voulait-il, avec cette arme brandie comme un drapeau couleur pape au négatif, couleur black African blues et charbon de triste mine? Aux dignitaires scatophiles de ce monde septique? A la fosse très commune de sa famille de cathos pochtrons? A l'auteur du Kama-Soutra et cette position du strapontin ougandais qui n'y figure pas? A son marabout, son astrologue et ses deux psys?

Non.
 

Il cherchait à tuer le temps, le crever tel un bulbe de fleur terne, et pouvoir humer des fragrances alors inconnues de lui.

Car il tenait le temps pour ultime responsable de la grisaille inodore ambiante: ne dit-on pas que "le temps c'est de l'argent" et que "l'argent n'a pas d'odeur"?

Quelques miettes de logique lui permettaient d'en déduire que le temps, par conséquent, n'a pas d'odeur, et qu'il convient de le tuer pour se dilater à nouveau les narines en toute plénitude.
 
Illusioniste ponctuel et cynique, le temps s'est alors mis en suspension, puis, couché sur son curriculum vitae, a mimé trois pierres anguleuses en courbe socio-professionnelle ascendante.

Dans sa course folle, l'homme au couteau a trébuché.

De son sang jaillit une fleur.

La Xème en ma serre musicolore, mon cérébranle-bas de combat poétique.

Pour le meilleur et pour le pître.

 

 

edouard_divers22

20:54 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

Prose qui s'impose... des causes à effet qui nous offrent un scénario dont la fin m'enchante. Quant à ta réflexion sur le temps c'est super bien trouvé... Dilatons bien nos narines...
Un régal !

Écrit par : Or | 06/05/2009

Belle histoire, quel plaisir de la lire :)

bonne soirée tout gros bisous

Écrit par : Marah* | 06/05/2009

C'est le clicheton qui se vend le plus, tu sais très bien, Edouard que la froideur calculée touche plus que le sensible maladroit sauf si ce dernier s'écroule devant la meute de loups en ruth de notre ère.
Tu vois que je peux être cash ...cachet ou se cacher;-)
Pour ma part, j'aime bien les tourments mais la colère très peu...
Bonne soirée Edouard;-)

Écrit par : zabou | 06/05/2009

rut
et ruthénie;-)

Bises Edouard!

Écrit par : zabou | 06/05/2009

Kikou Edouard J'aime quand tu mets ,de son sang jaillit une rose...
Bonne journée à toi
Bises,Mimi

Écrit par : Mimi du Sud | 07/05/2009

Edouard
Je déteste les cathos
hein;-)
bisous et votre poésie est un transatlantique dans lequel se complaît celui qui ne s'y perd qu'avec délectation.

Écrit par : zabou | 07/05/2009

parceque je ne peux m'en passer... pour toi cher Edouard
Un petit passage éclair aujourd’hui (pardonnes moi) car le devoir m’appelle ailleurs mais je tiens à faire mon p’tit tour quand même
Comme c’est chouette le soleil est installé c’est l’pied et chez toi ? je vais faire bronzette ces trois jours vont être bons
Passes un merveilleux week-end du 8 mai belle semaine par après.
Bisous soleil
COCO !
http://cedricangel.skynetblogs.be

Écrit par : COCO! | 08/05/2009

J'ai adoré ce texte, il est d'une essence rare, entre le cynisme et la philosophie, et il s'en dégage cette beauté qui t'est particulière, un bon vendredi qui début avec la lecture de ton blog, je t'embrasse

Écrit par : stephanie gaou | 08/05/2009

petite précision;-)
Pas tous les cathos
les conservateurs qui mettent le sida en Afrique hein;-)
bises édouardesques
j'ai appris bcp à te lire
je ne saurai jamais assez

Écrit par : zabou | 08/05/2009

??? la position du strapontin ougandais? j'ignore celle-là et portant:))))!
j'aime bien ce genre là aussi, mais je suis sûre que tu as d'autres cordes à ton arc!
bonne journée, beau we Edouard sans oublier le bisou traditionnel!

Écrit par : mimi | 09/05/2009

assez d'accord avec le com' de Stéphanie, tu as ce don d'être simultanément dans un détachement distancié et dans le bocal, poète donc.

Écrit par : hervé pizon | 14/08/2009

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