18/04/2009

COTE JARDIN

th_Poinsettfleurfr

 

Mon jardin d’enfance, inodore aux copains à la fibre merdeuse, savait le parfum secret des fleurs d’amour qu’on dévisage à la légère, qu’on envisage au sabre clair. La pelouse étouffait sa toison verdâtre sous la grisaille de leurs projections pesticides, et des cigales de rêve en contralto s’époumonaient dans les dissonances de mes neiges éternelles.

Solitude en poudre que j’éternue aujourd’hui, tel un Atchoum sans sa clique de nains, sur le mouchoir cliquetant du clavier noir. J’y aligne mille et un vergers de fruits défendus, mûrs avatars de ceux cueillis jadis, quand j’avalais des couleuvres, et me lolitaffais des elfes en catimini-jupe, aux strips venimeux. J’y aligne des perce-neige qui, jusqu’au rubis-pistil, s’exfolient le blanc spectral de mes grains de verve abrasive.

 

Mes proches, qui n’avaient de grand que l’estime d’eux-mêmes, veillaient à l’éveil du rationnel en moi, et louaient ma sage introversion, mes pudeurs mal placées comme des feuilles de vigne au cœur, fils barbelés en somme, où s’écorchaient parfois mes butineuses de mystère en une ec-statique électricité des sens.

 

Ils espéraient me voir au chaud dans un moule, mais j’étais croissant de lune, alvéolé olé au fond de moi. Un jour soupe au lait caillé de stress , l'autre souple au lait d'ânesse. Aussi complexe qu’un lacis désolant creusé par des taupes ouvrières myopes mi-folles, aussi complexé qu’un bourgeois dans les formes, et n’osant montrer mon cul aux esprits faisandés du lisier post-pubère, moi qui damoiselais fébrile et chaste à la lisière. 

 

J’entendais parfois dans mon jardin  résonner l’autre chanson de Brel, avec ses vieux potes âgés qui ne sortent plus, au train-train de chiens de garde ou chats loupés, au dadouronron pendulaire, turlutinage à l'occase,  métrognome à venir de crépuscules enchantés où la raison vacille, de vasistas en ouvertures éclair…avant le dernier soupirail.

 

J’étais fille et garçon à la fois, étamine et pistil,  jeune et vieillard, mais jamais je ne serais adulte.

 

Mes échappées belles en arc-en-ciel se plombaient souvent de fiel, car voltefessées par les enseignants, les docteurs de la foi bilieuse, les aide-saignants rectifieurs de tirs , et dont la face de rat dégoûtant me faisait gerber du pissenlit nauséabond, sous formes de pensées caca-boudin. Faux anges gardiens de l’âme qui perturbaient mes fréquences radioactives, mes solitaires bombances aux noyaux de prunes littéraires, ma révolte embryonnaire. 

 

Ces esprits pré-ridés, tantôt frappeurs de dogmes à clous, tantôt martelant les trois coups d'un grand-guignolisme sans impros, je les fuis toujours dans mes aristocratères à fumerolles poétiques, ou  les charge en éruptif Don Quichotte,  pogne-mots directs et gifles-virgules, quitte à me faire mouliner la gueule et la canne à pécher le bon…pour de bon.

 

edouard_divers22

14:06 Écrit par EDOUARD dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Ton jardin fourmille... des souvenirs douloureux sous couvert de mots colorés, insolents, drôles.
Tu restes incontournable quoiqu'il arrive.

Écrit par : Or | 18/04/2009

Ce texte est poignant, il m'essore le coeur et les sens.
J'y puise le bonheur de la désespérance.
Je pense à L'enfance de Brel.
Je pense à toi surtout et t'embrasse.

Écrit par : sylvie | 19/04/2009

LA CLASSE
C'EST TOUT!

Écrit par : zabou | 19/04/2009

bonsoir Edouard cette phrase là je l'adore..

J’étais fille et garçon à la fois, étamine et pistil, jeune et vieillard, mais jamais je ne serais adulte.

jamais jamais jamais d'ailleurs c'est trop tard
bisessssss et bonne soirée tu seras ma dernière visite

Écrit par : nays | 19/04/2009

Je ne sais si je te l'ai déjà dit...Mémoire en perte chez moi...Mais tu as un côté rimbaldien, en plus moderne, qui m'époustoufle ! Accro je suis.
Bizz, Mèl.

Écrit par : Mélancholia | 19/04/2009

Savoir rester un enfant demeure un des ingrédients du bonheur... J'aime aussi ça en toi

Écrit par : stephanie gaou | 25/04/2009

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